Le tubage d’une cheminée à foyer ouvert n’est pas une obligation réglementaire en France, tant que le conduit existant reste conforme et que l’usage ne change pas. Cette réponse, limpide sur le plan juridique, masque une réalité technique plus nuancée que nous détaillons ici.
Diagnostic du conduit existant selon le DTU 24.1
Le DTU 24.1 s’applique à tous les conduits de fumée, y compris ceux desservant un foyer ouvert. Contrairement à une lecture rapide, cette norme ne rend pas le tubage systématique. Elle impose en revanche un diagnostic préalable portant sur la vacuité, la stabilité, l’étanchéité et la compatibilité du conduit avec l’appareil raccordé.
Sur un foyer ouvert conservé tel quel, le conduit doit satisfaire ces quatre critères sans nécessairement passer par un tubage. Un conduit maçonné en bon état, correctement dimensionné et étanche aux fumées, remplit les exigences de la norme.
En revanche, quand le diagnostic révèle des fissures, un défaut de tirage ou une section inadaptée, le DTU 24.1 prévoit plusieurs solutions correctives : le tubage (rigide ou flexible), le chemisage (projection d’un enduit réfractaire sur la paroi intérieure) ou le remplacement complet du conduit. Le tubage n’est donc qu’une option parmi d’autres, retenue en fonction de l’état réel du conduit.

Foyer ouvert conservé : aucune obligation de tubage, mais des conditions
Tant que la cheminée reste exploitée en foyer ouvert sans raccordement d’un appareil à combustion fermée, le tubage n’est pas juridiquement exigé. Les guides techniques publiés en 2026 confirment que dans la grande majorité des cas, l’obligation est liée au changement d’usage, pas au simple fait de posséder une cheminée ancienne.
Nous observons toutefois que cette absence d’obligation ne dispense pas du respect des règles de fumisterie. Le conduit doit garantir un tirage suffisant, ne présenter aucune fuite de fumée dans les parois et respecter les distances de sécurité par rapport aux matériaux combustibles.
Ramonage et contrôle périodique
Le décret 2023-641 encadre le ramonage obligatoire, au minimum une fois par an (parfois deux selon le règlement sanitaire départemental). Lors de cette intervention, le ramoneur peut signaler un conduit dégradé. Un conduit fissuré ou encrassé au point de compromettre l’étanchéité aux fumées place le propriétaire face à un choix : réparer, chemiser ou tuber.
Tubage obligatoire dès l’installation d’un insert ou d’un poêle
Dès qu’un appareil à foyer fermé est raccordé au conduit, le tubage devient obligatoire. Cette règle s’applique aux inserts, poêles à bois, poêles à granulés et chaudières utilisant le conduit existant. La raison est directement liée aux températures de fumée : un foyer fermé génère des fumées nettement plus chaudes qu’un foyer ouvert, ce qui sollicite davantage les parois du conduit.
Le DTU 24.1 impose alors un tubage adapté à la classe de température de l’appareil. Pour un poêle à bois, nous recommandons un tubage flexible inox simple paroi dans un conduit maçonné isolé, ou un tubage double paroi si le conduit traverse des zones non chauffées ou présente un défaut d’isolation.
Diamètre et raccordement
Le diamètre du tubage doit correspondre à la buse de sortie de l’appareil. Pour la plupart des poêles à bois, cela signifie un diamètre intérieur de 150 mm. Réduire la section sans calcul de dimensionnement dégrade le tirage et augmente le risque de bistrage. Les critères à vérifier avant de choisir le tubage :
- Diamètre de la buse de l’appareil et compatibilité avec la section du conduit existant
- Classe de température et de résistance à la corrosion exigée par le fabricant de l’appareil
- Longueur totale du conduit et nombre de dévoiements (coudes), qui influencent le choix entre tubage rigide et flexible
- Distance de sécurité entre le tubage et les matériaux combustibles traversés
Assurance habitation et tubage : un levier souvent sous-estimé
Sur le plan assurantiel, la question du tubage prend une dimension différente. Un conduit non conforme peut entraîner un refus d’indemnisation en cas de sinistre lié à la cheminée (incendie, intoxication au monoxyde de carbone). L’assureur se fonde sur le certificat de ramonage et, le cas échéant, sur le rapport de conformité du conduit.
Un foyer ouvert utilisé avec un conduit dégradé, même sans obligation légale de tubage, expose le propriétaire à un litige avec son assurance. Nous recommandons de conserver systématiquement le rapport de diagnostic du conduit et les certificats de ramonage, qui constituent la preuve de conformité en cas de sinistre.
Zones PPA et interdiction des foyers ouverts en 2026
Dans les communes couvertes par un Plan de Protection de l’Atmosphère, l’utilisation d’un foyer ouvert est désormais interdite. Plus de 1 200 communes sont concernées, notamment en Île-de-France (depuis 2015), dans la vallée de l’Arve, à Grenoble, Lyon, Bordeaux, Marseille, Strasbourg ou Toulouse. L’amende peut atteindre 450 euros en cas d’utilisation d’un foyer ouvert en zone PPA.
Dans ces zones, la question du tubage ne se pose plus isolément : il faut convertir le foyer ouvert en foyer fermé (insert ou poêle), ce qui déclenche automatiquement l’obligation de tubage. MaPrimeRénov’ 2026 permet de financer une partie de cette conversion, avec des montants cumulables avec les CEE et une TVA réduite à 5,5 %.
- Vérifier si la commune figure dans une zone PPA avant tout projet de rénovation de cheminée
- Anticiper la conversion vers un foyer fermé si le logement est situé dans une zone concernée
- Faire réaliser le diagnostic du conduit par un fumiste qualifié avant de choisir entre tubage, chemisage ou remplacement

Le tubage d’une cheminée à foyer ouvert reste donc facultatif tant que le conduit est sain et que l’usage ne change pas. La bascule vers l’obligation intervient au moment du raccordement d’un appareil à foyer fermé ou de l’application d’une restriction locale liée à la qualité de l’air. Dans tous les cas, le diagnostic du conduit selon le DTU 24.1 constitue le point de départ de toute décision technique cohérente.

