Une paire de jumelles et un après-midi sec renseignent mieux sur l’état d’un toit que dix minutes passées en équilibre sur une échelle. Au Québec, où la neige, le verglas et les cycles de gel-dégel s’attaquent à la toiture chaque hiver, l’entretien courant d’une maison commence au sol. Voici les gestes que le propriétaire d’une maison unifamiliale peut raisonnablement faire seul, et le point où il vaut mieux appeler un professionnel.
Entretien de toiture : inspecter depuis le sol
Le fabricant de bardeaux GAF explique qu’on peut mener une inspection assez poussée depuis le sol avec des jumelles. On y cherche des bardeaux gondolés, fissurés, détachés ou manquants, des zones où les granules ont disparu, des tronçons de gouttière affaissés et du bois pourri sous les avant-toits. Les solins autour de la cheminée et des évents méritent un coup d’œil particulier : la plateforme 123couvreur les présente comme la source cachée de fuites la plus fréquente, devant les bardeaux eux-mêmes.
Cet entretien de toiture se fait idéalement au printemps et à l’automne, au même rythme que le nettoyage des gouttières. L’objectif est de repérer tôt ce qui laisse entrer l’eau dans la couverture : bardeau soulevé, fixations apparentes, solin décollé.
La deuxième moitié de l’inspection se fait à l’intérieur. Après un orage ou un redoux, on monte dans l’entretoit avec une lampe et on cherche des marques d’eau sur le dessous du support et le long des chevrons. Ressources naturelles Canada recommande aussi de regarder l’entretoit pendant une vague de froid : un peu de givre est normal ; une couche de 10 mm ou plus signale un problème de ventilation. Noter la date et prendre des photos permettent de comparer d’une saison à l’autre.
Quand l’inspection révèle plus qu’un bardeau isolé, par exemple, une tache au plafond sans cause visible, un solin qui s’est décollé ou une surface étendue de bardeaux usés, l’avis d’un couvreur est utile. La plateforme 123Couvreur transmet une demande à un maximum de 3 couvreurs licenciés par la RBQ, gratuitement et sans obligation d’en retenir un, et ne réalise pas elle-même les travaux.
Gouttières et petits remplacements : ce qui se fait à l’échelle
La Société d’habitation du Québec (SHQ) recommande de nettoyer les gouttières au moins deux fois par année, au printemps et à l’automne, et plus souvent sous des arbres. Le nettoyage des gouttières commence par la partie proche de la descente, en retirant feuilles et aiguilles, puis en la remplissant d’eau pour repérer les fuites. Pour le tuyau de descente, la fiche de la SHQ indique une inclinaison d’environ 3 mm par mètre. Les fixations et les crochets cassés peuvent être remplacés par des pièces de quincaillerie courantes.
L’échelle impose ses règles. La CNESST, qui s’adresse aux travailleurs, demande de l’appuyer sur une base solide, de monter les mains libres, de faire dépasser l’échelle d’au moins 900 mm au-dessus de l’appui supérieur et de l’attacher solidement. Hydro-Québec demande de ne jamais approcher une échelle à moins de trois mètres d’un fil électrique, y compris le fil du branchement de la maison. Une échelle en fibre de verre est préférable.
Le remplacement de quelques bardeaux est accessible à un bricoleur à l’aise en hauteur, sur un toit accessible sans risque et par temps sec. Le Manuel de référence sur les couvertures au Canada (ACEC) décrit le geste : retirer les clous des deux rangs situés au-dessus du bardeau abîmé et du bardeau lui-même, glisser le bardeau vers le bas, insérer le neuf et reposer les clous. L’AMCQ déconseille toute pose de bardeaux entre le 15 décembre et le 15 mars, ou lorsque la température est inférieure à 5 °C. Le Code de construction du Québec exige au moins quatre clous pour un bardeau d’un mètre de large, et l’AMCQ en recommande six en pose courante. Si la pose doit se faire par temps froid malgré tout, l’AMCQ recommande de coller chaque bardeau avec quatre pastilles de bitume de 25 mm, une méthode de métier : mieux vaut attendre une période douce.

Ce que la loi permet, et ce qui exige un entrepreneur licencié
Le propriétaire occupant bénéficie d’une exemption large. Selon la Régie du bâtiment du Québec (RBQ), aucune licence n’est requise pour construire ou rénover sa propre maison unifamiliale, sauf pour les installations électriques, de gaz et d’équipements pétroliers. La RBQ demande aussi d’appeler son assureur avant de commencer et de vérifier auprès de la municipalité si un permis est nécessaire.
Cette liberté a des limites précises. Aider un ami ou un parent est permis sans licence seulement si on n’en retire aucun avantage, financier ou non : un échange de services suffit à faire de l’aidant un entrepreneur aux yeux de la RBQ. Le propriétaire d’un logement offert en location peut faire des travaux de réparation, d’entretien et de rénovation de moins de 20 000 $, ou ceux de l’annexe III du règlement, pas davantage. Celui qui engage quelqu’un pour monter sur son toit doit confier le travail à un entrepreneur qui détient la licence appropriée, ce qui se vérifie gratuitement au Registre des détenteurs de licence.
Au-delà de la licence, il faut aussi tenir compte de la sécurité : la CNESST prévoit une protection contre les chutes pour un travailleur exposé à une chute de plus de 3 m, et sur une maison à étage, le bord du toit se trouve bien au-delà de cette hauteur. Un couvreur de métier travaille avec des harnais, des ancrages et des échafaudages conformes. Par ailleurs, les travaux sur les solins, les noues ou la ventilation, ou les chantiers de plus de quelques bardeaux, demandent une pose conforme à la norme et à la fiche du fabricant, dont peuvent dépendre les garanties : il vaut mieux relire les conditions de garantie des bardeaux avant d’entreprendre une pose soi-même.
Une règle simple pour décider
Regarder depuis le sol, monter à l’échelle pour les gouttières et un ou deux bardeaux par beau temps, confier le reste à un entrepreneur licencié : cette répartition suit les consignes de la RBQ, de la CNESST et de l’AMCQ citées plus haut.

